Erik Tegnér, extrême-rebelle


Portrait d'Erik Tegnér dans l'Express




A 25 ans, ce militant LR vogue de la droite libérale à l'extrême droite identitaire. Ambitieux. Ambigu?


Vêtu d'un caleçon rose, le "rebelle", comme il ne cesse de se définir, s'accroche à l'arche du pont Alexandre III. Un dernier salut à ses copains qui l'encouragent au loin et il saute dans la Seine pour fêter la victoire des Bleus à la finale de la coupe du monde de foot. La vidéo sera évidemment tweetée. Il est comme ça, Erik Tegnér. Il aime se jeter à l'eau et faire parler de lui.  


A 25 ans, sans aucun mandat politique, il est la nouvelle valeur montante de "l'alt-right" ( la droite alternative extrême) à la française. Encarté à LR, il entend se présenter à la présidence des jeunes Républicains (JR). Quoi de plus légitime? Mais son message est transgressif : il prône l'union des droites. Peu importe que les modalités de l'élection n'aient pas été arrêtées - les statuts des JR sont en pleine refonte - et que la date du scrutin, originellement prévu les 13 et 14 octobre, soit en suspens. L'objectif est de jeter un pavé dans la mare de droite. 


Le Tout Paris souverainiste et identitaire

Son CV est déjà un rébus : est-il, lui qui s'est enrôlé dans les Jeunes avec Calmels, un juppéiste qui se serait droitisé? Ou un opportuniste habile ? Ou un militant d'extrême droite infiltré dans un parti de gouvernement modéré? Son carnet d'adresse est un bottin, en tout cas celui du Tout Paris souverainiste et identitaire : pour sa soirée de lancement de sa "campagne" sur une péniche parisienne, le 5 septembre, s'annoncent les apôtres de l'union des droites, Paul-Marie Coûteaux et Charles Millon; le porte-parole du Rassemblement national (RN, ex-FN), Sébastien Chenu; le président de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan; ou encore celui du Parti chrétien-démocrate, Jean-Frédéric Poisson.  

Un tel alignement, on n'en avait pas vu depuis le lancement, très remarqué, du mensuel L'Incorrect en septembre 2017 par des proches de Marion Maréchal. La désormais directrice de l'Issep a d'ailleurs croisé Erik Tegnér au coeur de l'été lors une soirée organisée par des "connaissances communes". Elle l'a trouvé "intelligent, sincère, constructif". Elle aura tout loisir de parfaire son jugement puisque Erik Tegnér fait partie des 50 élèves inscrits en formation continue à son école. Même le Belge Mischaël Modrikamen, chargé par l'ancien conseiller de Donald Trump, Steve Bannon, de créer une internationale populiste en Europe, confie à L'Express avoir "vu avec intérêt les déclarations de ce jeune". 


Intransigeant sur l'islam et anti-étatiste

Il faut dire qu'elles dépotent. Un exemple parmi d'autres: dans une interview à L'Incorrect en juin, il assure que "sans inversion des flux migratoires, sans politique nataliste active, sans réforme de notre système social qui est devenu une machine à attirer des étrangers, sans définition de la place que nous acceptons -ou non- d'impartir à l'islam, notre civilisation disparaîtra". Et de plaider "pour une droite révolutionnaire, réactionnaire et identitaire, intransigeante sur l'islam et anti-étatiste". 

C'est pourtant le même Erik Tegnér, alors responsable des jeunes de la Droitelib, le mouvement de la juppéiste Virginie Calmels, qui publiait en août 2017 une tribune dans L'Obs pour refuser "toute alliance avec le Front national". "La droite renierait des décennies d'engagement républicain en s'alliant avec un parti dont les fondations reposent sur un socle profondément démagogue et intolérant", écrivait celui qui appelait ses camarades à "ne pas se tromper" : "l'ennemi est Marine Le Pen". Ce garçon aime les virages serrés.  

"Mes convictions n'ont jamais changé"

Au point de donner le tournis à une personnalité emblématique de l'union des droite qui préfère rester anonyme : invitée à la soirée du 5 septembre, elle a refusé de s'y rendre. "Sa démarche est sympathique. Mais je suis épaté par sa vitesse de changement d'opinion. Tout cela ne fait pas très sérieux." L'intéressé se défend : "Ma stratégie a changé, pas mes convictions". 

Elles prennent leur source au sein d'une grande famille frontiste. Son grand-père, Marcel Chéreil de la Rivière est un ami historique de Jean-Marie Le Pen. Sa tante, Cendrine, a été la première épouse de Jean-Marie Le Chevallier, maire FN de Toulon dans les années 90. Sa cousine, Marie d'Herbais -qu'il n'a pas vue depuis sept ans, précise-t-il- anime chaque semaine Le Journal de Bord du "Menhir". Elle est l'ancienne épouse de Frédéric Chatillon, sulfureux et radical ami de Marine Le Pen, et la mère de Kerridwen, la compagne de Jordan Bardella, directeur des jeunes du RN... avec qui Erik Tegnér a organisé une soirée commune en juin dernier


Un passage au FN puis à LR

"On choisit pas ses parents, on choisit pas sa famille", chante Maxime Le Forestier. Erik Tegnér, si. Il assume ne "pas renier sa famille". Il prend sa carte au FN après l'accession de Marine Le Pen à la présidence du parti en 2011. "Ça me branchait parce qu'il n'y avait plus Jean-Marie Le Pen..." Mais à cause du "virage social" de la nouvelle présidente, il vote Sarkozy en 2012 et prend sa carte à LR deux ans plus tard. C'est sa façon à lui de se rebeller contre l'héritage familial.  

Depuis Grenoble où il est étudiant, après une scolarité au lycée catholique traditionnaliste Saint-Michel dans l'Indre, il envoie des notes à Bruno Le Maire en 2015 avant de rencontrer Virignie Calmels, à la fin de l'année. Elle est libérale, comme lui. Il lui trouve du potentiel sur les questions identitaires. La première note qu'il rédige à l'attention de la juppéiste est consacrée à L'âme françaisede Denis Tillinac. "Je voulais la droitiser", se justifie-t-il.  

Les méandres continuent. Il appelle à voter Macron pour le second tour de la présidentielle, par fidélité à l'élue bordelaise. Aujourd'hui, il affirme s'être abstenu. Quant à sa tribune dans L'Obs, il plaide désormais "la connerie". "A cause de mes origines familiales, on m'accusait à LR d'être une taupe de Marine Le Pen. Donc j'ai tweeté ça pour que l'on arrête de me saoûler. Mais du coup, c'est ma famille qui m'a traité de vendu", raconte-t-il.  

En mai 2018, "déçu" par l'action de Virginie Calmels à la tête de LR, Erik Tegnér rend publique sa rupture... et ses réelles convictions. "Quand j'étais avec elle, j'ai menti. Mais tout le monde ment. Une majorité de la base LR pense comme moi sur l'union des droites mais dit le contraire." C'est pour mettre à jour cette "arnaque intellectuelle" qu'il se présente aujourd'hui à la présidence des Jeunes LR. Il observe avec délectation Laurent Wauquiez refuser de l'exclure. "Je ne fonctionne pas par l'exclusion et l'anathème. Je ne le disqualifie pas, il a le droit de porter ses idées, je ne les partage pas mais il a le droit de porter ses idées", s'est justifié sur RTL le président de LR le 28 août. 


https://www.lexpress.fr/actualite/politique/lr/erik-tegner-extreme-rebelle_2033746.html

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