Interview Erik Tegnér : "Viktor Orban souhaite l'émergence d'une relève conservatrice en Europe"




Interview Valeurs actuelles du 6 février 2020


Au lendemain de la National Conservatism Conference organisée ce mardi 4 février à Rome, Erik Tegnér répond aux questions de Valeurs actuelles. Pour le co-organisateur de la Convention de la droite, cet événement - où s'est également rendue Marion Maréchal - aura permis de jeter les bases d’une «internationale conservatrice» entre les différents courants de droite occidentaux. 


Valeurs actuelles : Quel était l’objectif de la « National Conservative Conference »  où vous vous êtes rendu mardi dernier ? Erik Tegnér : Cet événement inédit organisé par la Fondation Edmund Burke - proche de Donald Trump - et l’intellectuel américano-israelien Yoram Hazony, avait un double objectif : idéologique d’abord, en proposant une offre nationale-conservatrice en rupture avec le progressisme et l’ultra-libéralisme souvent défendus par la droite ; stratégique ensuite, en réunissant lors d’un événement des dirigeants européens appartenant à des formations politiques différentes, mais soucieux de construire une nouvelle offre politique. C’était assez exaltant et inspirant de voir défiler sur la même scène de grands dirigeants de partis ou de gouvernement, qui pourtant n’appartiennent pas toujours aux mêmes familles politiques au Parlement européen ! Finalement, cette union des droites qui semble si difficile en France en raison de l’étroitesse intellectuelle de certains de nos responsables politiques, commence à germer au niveau international. Et c’est tant mieux, même s’il reste beaucoup de travail ! 


Était-ce une sorte de Convention de la droite à l’échelle internationale ? En quelque sorte, oui ! Nous avons d'ailleurs été agréablement surpris de voir que de nombreuses personnalités, notamment des américains comme Yoram Hazony ou l’ancien conseiller de Ronald Reagan, ont exprimé leur admiration et leur enthousiasme pour ce que nous avons réalisé avec la Convention de la Droite avec le concours de nos partenaires. Les 30 discours ont été traduits outre-Atlantique, c’est dire... L’impact international a donc été très important et a ouvert de nombreuses portes, à l’image de cette invitation à la « National Conservatism Conference ». D’ailleurs, nous avons pu retrouver deux intervenants de la Convention de la Droite sur scène à Rome, en plus de Marion Maréchal : Alexandre Pesey, le directeur libéral-conservateur de l’IFP, et Edouard Husson, ancien directeur de l’ESCP et aujourd’hui membre du conseil scientifique de l’ISSEP. Jacques de Guillebon et François de Voyer, co-organisateurs de la Convention, étaient aux côtés de Marion Marechal pour tisser des liens avec de nombreuses personnalités présentes dont certaines leur ont d’ores et déjà confirmé leur souhait de venir pour l’édition de 2020 ! Avec quelques mois de recul, je réalise que cette Convention de la droite a posé des jalons essentiels dans la construction de quelque chose de nouveau.


En France, cette initiative a pourtant été vivement critiquée... En effet. Et nos amis Américains, polonais, Hongrois, Espanols et Italiens ne comprennent toujours pas pourquoi la France a une incapacité d’inventer une troisième voie conservatrice et nationale. Mais ils n’ont aucun doute sur notre réussite future. L’optimisme américain face au pessimisme légendaire français !  A la fin de son fabuleux discours, Viktor Orban a dévoilé son rêve : qu’une jeune relève conservatrice et démocrate-chrétienne émerge en Europe et prenne le pouvoir, en brisant le vieux monde et les anciens appareils politiques. Tout ce pour quoi que nous avions plaidé en septembre. Car cette stratégie paye. Santiago Abascal l’a fait avec Vox, Matteo Salvini avec la Ligue, Thierry Baudet avec le Forum démocratique aux Pays-Bas ... plus qu’une seule question : qu’attendons-nous ? 


Marion Maréchal y a fait une intervention remarquée. Quel était son objectif ? Inutile de vous préciser que voir à un même événement le premier ministre hongrois Viktor Orban - allié historique de la droite européenne donc de LR - et Marion Maréchal est une première ! Les digues idéologiques ont clairement sauté. J’ai eu l’occasion d’échanger avec des élus du PIS (le parti conservateur au gouvernement en Pologne) : s’il est inenvisageable pour eux de travailler avec Marine Le Pen, ils n’ont aucune réticence à créer des liens avec Marion Maréchal ! 

Elle a cette capacité surprenante de créer des ponts et de sortir la droite nationale française de son isolement, tant au niveau national qu’européen. Si elle a déclaré ne pas vouloir se lancer dans la course présidentielle de 2022, je pense qu’elle a su trouver une place de choix qui la rend incontournable : une forme d’ambassadrice du camp national auprès des droites européennes. C’est une chance pour nous .. encore faut-il la saisir ! 


Quelle a été la teneur du discours de Marion Maréchal selon vous ?  Très ecolo ! Une première ! L’angle « écologie intégrale » de son discours a marqué la presse italienne qui a consacré de nombreux titres à ce sujet et a positivement fait réagir les participants. Marion Marechal a ainsi appelé à ce que les conservateurs se saisissent de la question écologique et s’est posée en anti-Greta. C’est novateur dans son discours, et je pense que ça marque une étape majeure dans l’élargissement de son spectre idéologique.

Contrairement à ce que certains aigris peuvent parfois dire sous couvert d’anonymat dans la presse, Marion Marechal n’est pas uniquement réduite aux cathos-tradis. Elle rend de plus en plus crédible un discours conservateur à la française qui peut rassembler très largement. Plus soucieux de la préservation de l’environnement qu’outre-Manche et plus critique à l’égard du libéralisme qu’Outre-Atlantique. 


Selon Le Figaro, le groupe de Marine Le Pen au Parlement européen aurait exercé des pressions sur Salvini pour que celui-ci ne se rende pas à cette conférence. Les querelles internes demeurent-elles plus fortes que le désir de convergences idéologiques ? Il faut d’abord poser le contexte. Viktor Orban menace de plus en plus de quitter le PPE et de créer un nouveau groupe au Parlement européen notamment avec le PIS et la Ligue de Matteo Salvini, ce qui serait un véritable coup de tonnerre. Mais cela supposerait que le RN n’y soit pas intégré et c’est là que ça devient compliqué. Viktor Orban a toujours été opposé à un rapprochement avec Marine Le Pen, au détriment donc des alliés européens du RN comme la Ligue. En s’affichant ainsi avec Viktor Orban et Marion Maréchal, Matteo Salvini prenait le risque d’envoyer deux messages : le premier, qu’il pouvait mettre fin à son alliance de longue date avec Marine Le Pen, ce qui serait un terrible désaveu pour elle ; le deuxième, que c’est elle-même qui pose problème, puisque la présence de Marion Maréchal a cette conférence était plutôt vue comme un atout et acceptée par Viktor Orban, tandis que sa tante n’avait pas été conviée. 

Marion Maréchal est un formidable atout pour le RN et même pour Marine Le Pen. Elle pourrait leur faire profiter de ses réseaux et de son influence, mais au lieu de cela une partie de la direction du RN reste malheureusement dans une forme de repli sur soi. Ça ne me semble pas vraiment à la hauteur des enjeux qui sont les nôtres. Viktor Orban est un grand dirigeant qui a l’audace de s’afficher ainsi avec des membres de la droite dite radicale. Il ne faudrait pas que certains choisissent d’inverser le front républicain par sectarisme et esprit de rente. En revanche, ne me faites pas dire que je critique Marine Le Pen qui est une femme courageuse et engagée. Je me contente de poser un constat qu’elle même doit partager puisqu’elle répète à tour de bras être ni de droite, ni conservatrice. Contrairement à tous ceux présents à cette Conférence. 

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