Les Républicains : expulsion d’Erik Tegnér sous haute tension


Article de Quentin Laurent, du Parisien. 10 décembre 2019.


« On lui a demandé :en 2022, si François Baroin est candidat, voterez-vous pour lui? Il a dit non. Si Marion Maréchal Le Pen était candidate? Il a refusé de répondre », expose Aurélien Pradié, secrétaire général Les Républicains. Il? Erik Tegnér, simple mais médiatique militant LR parisien… et surtout proche de l'ex-députée Front national (devenu RN) du Vaucluse. Il était auditionné ce mardi au siège de la rue de Vaugirard. Son exclusion définitive du parti devrait être prononcée ce mercredi par la fédération parisienne.

A LR, on a peu l'habitude d'avoir recours à ce genre de procédure. Mais alors que le parti enregistre des scores nationaux historiquement bas, que localement la digue qui le séparait traditionnellement de l'extrême droite se fissure; il est apparu impensable pour la nouvelle direction de laisser sa carte du parti à Tegnér. A 26 ans, il est devenu le chantre de l'union de la droite traditionnelle avec le Rassemblement national et a même coorganisé la « convention de la droite » des proches de la petite fille de Jean-Marie Le Pen, fin septembre.


« Le courage, c'est de nous reconstruire sur nos valeurs »

Son audition a eu lieu au 7e étage de l'imposant siège de LR, dans le bureau d'Aurélien Pradié, numéro 3 du parti. Elle a duré près d'1h45. « Ils avaient déjà pris leur décision », peste Erik Tegnér quelques heures après la fin du rendez-vous. Lui, assure n'avoir « jamais franchi la ligne rouge » en figurant sur des listes concurrentes de celles de LR, et déplore le fait d'être mis au ban pour ses « opinions conservatrices ». Sans soutenir ses positions, plusieurs cadres se sont prononcés contre une exclusion, comme le député du Vaucluse Julien Aubert, ou l'eurodéputé François-Xavier Bellamy. « Ça fait des semaines qu'Erik Tegnér théorise la disparition des LR. Le courage, c'est de nous reconstruire sur nos valeurs, pas de s'allier avec le RN », rétorque Agnès Evren, patronne de la fédération parisienne et présente à l'audition de Tegnér.

« On est dans un enjeu de cohérence, pour que Les Républicains redeviennent crédibles », reprend Agnès Evren. D'autres exclusions pourraient être prononcées bientôt. C'est le cas d'Henri Gas, délégué LR de la circonscription de Béziers, qui a ouvertement appelé à une union avec le maire Robert Ménard. Son cas sera examiné la semaine prochaine.

Ramener au bercail une partie de l'électorat de centre droit

La droite en est persuadée : alors qu'elle traverse une mauvaise passe, elle doit réaffirmer haut et fort son intransigeance vis-à-vis de l'extrême droite. Et espère ainsi que cela permettra de ramener au bercail une partie de l'électorat de centre droit, parti chez Macron, qui ne se reconnaissait pas dans la stratégie trop droitière de l'ancien président Laurent Wauquiez. « Les Français nous seront reconnaissants de clarifier nos positions », veut croire Aurélien Pradié.

« Il veut donner des gages à la bien-pensance, mais il n'y a pas de stratégie derrière », croit savoir un fin connaisseur du parti. Car si les cadres rejettent en bloc tout lien avec le RN, leurs militants et sympathisants y sont moins rétifs. Pour LR, l'équilibre à trouver est précaire. Et c'est une question de survie.

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