Qui est Erik Tegnér, ce jeune LR qui milite pour l'union des droites ?

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Après son médiatique lancement de campagne début septembre pour la présidence des Jeunes LR, Erik Tegnér apparaît comme une sérieuse épine dans le pied de la direction du parti, revendiquant l'union des droites malgré le refus constant de Laurent Wauquiez de toute alliance. Le parti devrait statuer sur sa candidature dans les jours à venir.

Beaucoup rêvent de ''l'union des droites"... Eric Tegnér serait-il celui qui peut la réaliser ? Pour le lancement de sa campagne à la présidence des Jeunes Républicains sur une péniche parisienne, le mercredi 5 septembre dernier, ce bambin politique de 25 ans tout aussi contesté que sulfureux, avait réuni la droite de la droite : le président de Debout la France (DLF), Nicolas Dupond-Aignan, Sébastien Chenu, porte-parole du Rassemblement national, l’ancien eurodéputé villiériste, Paul-Marie Coûteaux ou encore Romain Espino, porte-parole du mouvement anti-immigration, Génération Identitaire.

"Docteur" de la droite

De son camp, peu étaient présents à cette soirée. A peine un adjoint LR de la mairie de Clichy, et quelques jeunes. Il faut dire que son projet énerve autant qu’il fascine dans un paysage politique où les cartes ont été sauvagement rebattues par l’irruption de Jupiter-Macron. Selon lui, il n'y a qu'une seule solution pour sauver un parti perdu dans une lente et douloureuse déréliction: briser le tabou de l’union des droites, et sauver ce qui peut l’être de l’honneur d’un parti en "pleine schizophrénie".

Schizophrénie, c’est le diagnostic porté par Erik Tegnér. "Toute ma campagne est basée sur le double discours au sein du parti", nous explique le jeune homme dans un café à proximité de la gare Montparnasse, avant d'embarquer pour rejoindre sa famille en Bretagne.  Pour lui, les choses sont claires: le parti de Laurent Wauquiez tient un discours similaire au Rassemblement national sur l’immigration ou les thèmes sécuritaires et identitaires. "L’union des droites, elle se passera de facto : A 15%, on ne sert à rien. Il faudra s’allier à Macron ou avec Marine Le Pen". Face à lui, se tient d'ailleurs le poulain du président des Républicains : Aurane Reihanian, aux accents tout aussi identitaire et sécuritaire, mais qui s'interdit de prôner l'odieuse union : "Il pense comme moi, mais ne peut pas le dire", veut croire Erik Tegnér. Le jeune homme n’a que 25 ans, mais se veut le docteur d’un parti malade, attaqué "par le virus du centrisme". Lui se voit comme l'homme de la situation, celui qui briserait le tabou, quitte à en être le sacrifié, pour "sauver" le parti. "J'en ai marre de ce "on veut vos voix mais pas vos gueules" ".

Rebelle authentique ou infiltré ?

A première vue et sur le papier, il a pourtant l’air bien sage, celui qui aime citer une phrase de Nicolas Sarkozy qu’on n’aura pas retrouvée : "on ne séduit que par la transgression".  Pourtant, petit sourire aux coins des lèvres, regard espiègle mais pas trop, avec son t-shirt blanc, son jean bien sobre et sa courte coupe de cheveux doublée d’une légère houppette, la gueule d’ange d’Erik Tegnér ne transpire pas la transgression. Après un court passage au FN en 2011, il rejoint l'UMP en 2012. Dès 2016, il commence alors à travailler avec Virginie Calmels et devient progressivement le responsable de son groupe des Jeunes. Âgé désormais de 25 ans, il a quitté le mouvement. Rejoindre la droite juppéiste, la jeunesse a connu des audaces plus envolées. Mais au regard de son histoire familiale, c'est presque un blasphème.

Erik Tegnér a un grand-père légitimiste; un autre, Marcel Chéreil de la Rivière est un ami de longue date du "Menhir", Jean-Marie Le Pen. Sa tante, Cendrine, est la première épouse de Jean-Marie Le Chevallier, maire FN de Toulon dans les années 90. Enfin, sa cousine n’est autre que Marie d’Herbais, l’invariable compagnon hebdomadaire de Jean-Marie Le Pen de son Journal de Bord. Elle est également l’ancienne épouse de Fréderic Châtillon, un ancien gudard proche de Marine Le Pen. Pour compléter le tableau, sa scolarité fut celle des élèves cathos les plus tradis au lycée Saint-Michel dans l’Indre, une école gérée par la Fraternité Saint-Pie X. Le cinéaste Xavier Roujas avait d’ailleurs l’occasion d’y tourner pendant un an entre 2003 et 2004. Dans une interview donnée à Sud-Ouest, il y décrit une "volonté farouche de redonner à la France ses racines chrétiennes et de lutter contre l’anticatholicité dont ils considèrent la République française être porteuse depuis la Révolution". Désormais, si le jeune Tegnér se déclare catholique pratiquant, il s’en veut éloigné, préférant, lui, parler de culture chrétienne plutôt que de religion. Aujourd’hui, il termine un double master en commerce. Thème du mémoire : la transformation du Parlement Européen aux européennes de 2019... Où il rêve d'une alliance des populistes.

Choisir Virginie Calmels, la fidèle de Juppé, a donc de quoi étonner. Mais j'"assume complètement ce côté rebelle", soutient le jeune homme, qui confie: ; "Virginie [Calmels] était plus à droite en privé qu’elle ne l’était en public. J’essayais de le lui faire assumer."

Ses convictions ne semblent pas intangibles. L'an dernier, le 25 août 2017, le jeune homme écrivait une tribune féroce dans L’Obs. A l'époque, il attaque avec fracas ceux qui prônent l’union des droites, à l’image de l’ancien député LR, Thierry Mariani et cible "l’ennemi [qu’]est Marine le Pen". Des propos illustrant bien la "schizophrénie" du parti justement, selon lui. Mais en interne, les proches de Virginie Calmels nous rappellent que personne ne lui a demandé de faire une telle tribune. Quelques jours après l'avoir rencontré, un sms de l’intéressé nous informe qu’il s’est "fait avoir par la bien-pensance", regrettant une erreur dont le seul but aurait été de se "protéger" alors que certains lui reprochaient un passé et une famille frontiste.

Du pragmatisme politicien

Le jeune candidat affirme qu’il a toujours soutenu cette radicalité auprès de Virginie Calmels. Mais parmi ses anciens camarades de DroiteLib, le mouvement des jeunes de l’adjointe au maire de Bordeaux, personne ne s'en souvient. Et parmi ses amis proches, ceux que les cercles de la politique ignorent, on décrit quelqu'un qui n'a jamais adhéré à la droite juppéiste, celle de Virginie Calmels. "C’est là que vous allez me faire passer pour un infiltré", lâche blagueur, mais un peu gêné, Erik. "Un collaborateur, c’est quelqu’un qui ferme sa gueule et exécute. Il devait se taire et en plus de diffuser ses idées la conseiller. Il devait avoir un double langage. C’est là qu’on peut le comprendre", voudrait justifier un de ses compagnons de route chez Calmels, qui se dit bluffé par ses qualités en termes de communication, mais estomaqué par ses choix politiques.

Evidemment, ses adversaires tiennent un discours un peu plus âpre, dénonçant l’opportunisme et le pragmatisme d’un homme sans conviction. "Il se place souvent selon les sondages, là où il y a le vent en poupe. Virginie était numéro 2, ça lui allait très bien. Alain Juppé allait être président, ça lui allait très bien", raconte Edwina Manika, nouvelle responsable des Jeunes avec Calmels. Pour elle, le double discours évoqué par le candidat à la présidence des jeunes LR n’est qu’illusion : "Il réussit à déplacer le fond problématique et tout le monde fonce dedans. La question ce n’est pas avoir de position ferme. L’immigration, l’islamisme, nous aussi on peut en parler. Nous aussi, on peut avoir des positions beaucoup plus dures. Moi, je suis fille d’immigrée et pourtant je peux avoir des positions bien plus dures que lui dessus. Ça ne veut pas dire que j’ouvre le dialogue avec le Rassemblement national."  D'autres expliquent le départ d'Erik Tegnér par la déception de ne pas avoir été nommé au bureau politique provisoire pour représenter Droite Lib. "Vous croyez que j’en ai quelque chose à foutre ?", répond l’intéressé. Vous croyez que si j'avais voulu un poste quelque part dans le parti je ne l'aurais pas eu ? Je ne l'ai jamais voulu.".

"Petit cheval de Troie qui ne représente que lui" pour un responsable départemental des jeunes (RDJ) LR en région parisienne, frontiste venu "faire le buzz chez nous" pour Edwina Manika, les commentaires visant Erik Tegnér collent avec les siens, lui qui raconte avoir voulu "droitiser" en coulisses Virginie Calmels. Celle-ci déclinera nos demandes d’interviews, mais en interne son entourage décrit quelqu'un dont le départ trouve ses origines dans la frustration de ses ambitions.

Icare sacrifié de l'Union des droites ?

Mais au fond, le probléme était peut-être ailleurs. "Un jour, un membre du bureau provisoire me disait : 'C’est Laurent Wauquiez qui fait la ligne, et nous on tracte la ligne'. Franchement, vous croyez que ça fait bander les gens ?", s’insurge le candidat, souhaitant assumer un certain culot. Cet irrespect de la hierarchie, c'est précisément ce que lui reprochent certains, à l'image de Nicolas Cuadrado, RDJ en Seine Saint-Denis : "Le rôle des Jeunes LR n’est pas de définir une nouvelle ligne du parti mais de suivre celle donnée par la direction et de s’y tenir". Des jeunes LR rencontrés, tous s'offusqueront du silence de Laurent Wauquiez sur cette candidature prônant un rapprochement avec le RN. "C'est un problème de fond, finalement, que le président doit trancher", commente, grinçant, un collaborateur de Virginie Calmels, alors que de nombreuses voix se lèvent pour appeler à l'exclusion du candidat Tégner.

Une exclusion potentielle qu’il balaie d’un revers de la main: "Je n’ai pas de responsabilité, personne à supporter, les risques sont les miens", se justifie-t-il. Demain, ce mardi 18 septembre, le bureau politique devrait statuer sur la validité de la candidature (pour une élection à la mi-octobre) de ce petit djeun qui prend de haut ses aînés, les traitant tour à tour d’"apparatchiks et d’hypocrites".

Ce n'est peut-être pas au sein de la droite classique qu'il faut chercher ses soutiens: le très souverainiste et essayiste Paul-Marie Coûteaux ne peut s’empêcher de se "reconnaître dans ce jeune homme, le tenant pour un signe quasi-christique. Il y a des étoiles qui s’allument un peu partout ". Les étoiles s’alignent, et se rapprochent.

A la rentrée, le jeune Tegnér devra chercher un boulot, mais ira également occuper les bancs de l’école de Marion Maréchal les week-ends, l’ISSEP où l’ancienne député frontiste rêve de former les élites de la droite de demain. Qu’Erik Tegnér se brûle les ailes ou pas, la nouvelle galaxie de la droite de la droite, prête de plus en plus s’assumer envers et contre tous, est de plus en plus visible.


https://www.lesinrocks.com/2018/09/17/actualite/politique/qui-est-erik-tegner-ce-jeune-lr-qui-milite-pour-lunion-des-droites-111125762/

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